24 juillet.
Je suis rentrée. Après près de 365 jours passés au Brésil, me voici de retour en France. Et malgré les retrouvailles très émouvantes avec ma famille et
mes amis, je dois vous avouer que mon adaptation est loin d'être facile.
Je me dois de vous faire part de mes dernières expériences au Brésil.
Chronologiquement, et succintement :
- Liquid Sky: une fête électro de 12h à 0h, au bord de la plage. 4000 personnes, en tongs, shorts, débardeurs, maillots de bain, les pieds dans le
sable, les mains en l'air, dansant sur de la musique électronique, mixée par plusieurs DJs nationaux et internationauxse succédant sur une grande scène dotée d'un énorme écran projetant des
lumières multicolores sur les cocotiers. Magique.

- Les calouradas: on ne change pas une équipe qui gagne. Les fêtes du vendredi soir à la fac auront gagné une fan, malgré la pluie accompagnant l'
"hiver" recifense. Stands de boissons, de nourriture, petites scènes avec des concerts, beaucoup d'étudiants regroupés pour passer un bon moment.
- Coupe de journalisme de football: avant la coupe du monde, place au football amateur, entre les étudiants en journalisme de l'UFPE. Je joue avec les
filles de 1e année (avec qui je partage le plus de cours), et c'est vêtues de nos maillots oranges et après une lutte acharnée sur le terrain que nous finissons par gagner, tout comme les garçons
de notre classe. Une victoire récompensée par des médailles et une coupe, et bien fêtée au Castelinho, une jolie maison des fêtes d'un immeuble très chic de Recife, avec pour vue, la mer.

- Coupe du monde de football: vêtue de mon maillot brésilien de Kaka #10, avec mon bracelet de cheville aux couleurs du Brésil solidement noué, certaine
de mon investissement, le Brésil devant logiquement gagner (j'y suis, il doit gagner !). Cette coupe du monde, elle a commencé dès le mois d'avril, quand les petits drapeaux brésiliens accrochés
aux voitures ont commencé à apparaître en nombre, quand les plus grands drapeaux ont été accrochés aux fenêtres et que les stands ont fleuri un peu partout dans la ville, proposant des
maillots de foot, des shorts, des bijoux. Avec les matchs sont apparus les fêtes spéciales matchs, les formules spéciales matchs dans les bars et les boîtes (par ici les open bar, par ici les
écrans géants, par ici les girafes de bière à tarif intéressant). Et à moi donc, les réunions dans les bars avec les copains étrangers ou brésiliens et les fêtes jusqu'à pas d'heure, commençant
avec le match et finissant... bien après le coup de sifflet final ! Mais finalement, le Brésil a perdu. Pour la première fois, j'ai ressenti de la tristesse chez les brésiliens. Comme si le pays
était en deuil. Mais dès le lendemain, la joie de vivre avait repris le dessus, les brésiliens regardant déjà vers 2014 et surtout continuant avec leur jeito de ser, leur manière
d'être.
- La Saint Jean: o São João, très fêté surtout dans le Nordeste. Pendant 4 jours, Recife se vide de ses habitants, qui vont dans les villes et villages
de l'intérieur des terres, où ont lieu des concerts et des animations. On s'habille avec des chemises à carreaux, les hommes se laissent un peu pousser la moustache, les filles se font des
tresses et mettent des rubeaux colorés dans les cheveux, des feux sont allumés à chaque coin de rue et c'est parti pour la fête au son du forro! Ah, je dis 4 jours car il s'agit d'un week end
prolongé par des jours fériés, mais il y a des fêtes de la São João tous les week ends du mois de juin. Personnellement, je me suis rendue à Gravata, à 60 km de Recife, avec une copine
brésilienne. Un peu compliqué niveau déplacement, un peu petit comme espace et surtout un climat bien différent de celui de Recife : c'est simple, je n'avais jamais eu aussi froid au Brésil,
endroits climatisés mis à part. 19 degrés + pluie = grippée pendant plusieurs jours ! Mais bon, ça valait le coup de connaître la Saint Jean brésilienne (même si j'ai ouï dire que dans une ville
de l'Etat de Paraiba, la Saint Jean, c'est comme le Carnaval !!).
- Maracaipe: même avec des vagues de 3 mètres, je voulais retenter le surf une dernière fois. Accompagnée de Thomas, mon pote français, je l'ai laissé
aller surfer au loin pendant que je me faisais refouler encore et encore par la mer. "Ca va, j'ai compris", j'ai passé mon après-midi à prendre des photos et regarder les couleurs du ciel évoluer
pendant que le soleil se couchait. Magique, même si en une après-midi j'ai failli me noyer (ba oui quand même !) et ai perdu mes tongs (volées), un short, un haut de maillot et un tshirt
(oubliés) et que j'ai failli marcher sur un serpent.

- Les derniers devoirs rendus, les dernières démarches administratives. Rendre les derniers devoirs écrits, présenter les derniers exposés (avec un
portugais tout de même bien plus assuré qu'au premier semestre), récupérer les notes au service des relations internationales de la fac. Prendre le bus pour l'UFPE une dernière fois, boire un jus
de graviola en bas du CFCH une dernière fois, et enfin, prendre le bus reliant la fac à mon immeuble, une dernière fois.
- Les adieux. Car oui, ce moment devait bien arriver. Prendre congé de mes amis étrangers, d'abord, étant une des dernières à rester. Les allers-retours
à l'aéroport pour arriver à tant et dar um grande abraço entre les rires et les larmes à ceux qui ont partagé mon année, ne voulant pas imaginer mes propres sentiments au moment
d'embarquer. Prendre congé de tous les endroits que j'ai fréquentés pendant un an, ensuite. Dire au revoir au Recife Antigo et à son Marco Zero en sortant du vieux théâtre Amarzem 14
à l'aube, avec les rameurs et les joggeurs profitant de la "fraîcheur matinale" pour s'entraîner. Aller une dernière fois voir un ami et son groupe de rock jouer au The Pub à Boa Viagem et
reprendre en coeur les paroles de The Killers ou Oasis. Découvrir en un éclair le vieux cinéma rénové São Luiz de Boa Vista et savoir qu'on n'y reviendra pas, surement avant un certain
temps. Aller une dernière fois se balader à Olinda, redécouvrir les rues tant fréquentées pendant le Carnaval et maintenant si vide et si... petites ! Manger un dernier acarajé sur la Praça da
Sé. Se poser une dernière fois sur un transat de la plage de Boa Viagem en jouant aux dominos et en mangeant un Açai na tigela.
Voir une dernière fois les amis brésiliens. Au cours de ma fête de départ, pour beaucoup, ou au cours des dernières soirées recifenses, pour les autres.
Regarder un dernier film avec mes collocataires. Boire une dernière caipirinha au Entre Amigos de Casa Forte. Et enfin boucler mes valises et partir direction l'aéroport. Voir plusieurs
amis débarquer à l'improviste avec des cadeaux. Manger un dernier açai na tigela, même s'il est beaucoup moins bon que ceux de la plage. et en sachant très bien qu'avec ça, je ne pourrai pas
dormir pendant le vol Attendre jusqu'au dernier moment les retardataires. Faire une tournée de câlins. Puis une deuxième. Cacher ses larmes. Et partir vers la salle d'embarquement, sans un regard
en arrière. Et attendre une demi-heure l'embarquement, toute seule, agrippée à son portable pour envoyer et recevoir les derniers sms brésiliens, de ceux qui n'ont pas pu venir, de ceux qui sont
venus.
Toutes mes expériences brésiliennes, bonnes ou mauvaises, agréables ou difficiles, ont valu le coup. Et je recommencerais tout de la même manière,
do mesmo jeito. Brasil, obrigada pra tudo o que me deu pra ver e pra vivir. Brésil, merci pour tout ce que tu m'as donné à voir et à vivre.